Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

Celle que vous croyez
France | 2019| 1h41
Réalisation : Safy Nebbou
Avec : Juliette Binoche, François Civil, Guillaume Gouix
Film en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.


Imprimer la fiche film

Celle que vous croyez - la critique du film
par Claudine Levanneur




A travers ce portrait de femme complexe auquel Juliette Binoche se donne toute entière, Safy Nebbou livre un numéro cinématographique de haute voltige.

Notre avis : Depuis Comme un homme en 2012, puis Dans les forêts de Sibérie en 2016, Safy Nebbou s’adonne à l’exercice de l’adaptation littéraire. Exploitant à nouveau son goût du suspense et sa capacité à disséquer les errements psychologiques, il s’empare du livre éponyme de Camille Laurens, un roman tortueux dont les multiples strates lui servent de tremplin pour réaliser une œuvre cinématographique prenante et troublante, lorgnant du côté de Hitchcock dans sa première partie pour s’imprégner d’une discrète subtilité digne de Sautet dans la deuxième partie.

Claire, brillante professeure de littérature comparée à l’université, va atteindre la cinquantaine, un âge jugé fatidique dans nos sociétés au jeunisme florissant et d’autant plus douloureux pour elle que son mari l’a quittée pour une jeune femme. Ce sentiment d’abandon la pousse, malgré son érudition et sa maturité, à créer un faux profil sur Facebook sans anticiper le poids des conséquences d’une telle supercherie. Pour surmonter son humiliation et son chagrin, elle s’imagine dans la peau d’une autre. Claire devient Clara, une jeune fille au visage lisse et à la plastique avantageuse qui ne tarde pas à retenir l’attention d’un garçon du même âge qu’elle, au point que Claire retrouve énergie et joie de vivre. Pourtant, quand son amoureux virtuel insiste pour la rencontrer physiquement, le piège se referme inéluctablement sur eux, provoquant des réactions inattendues et même catastrophiques.

Si le film décortique avec une précision diabolique la force des jeux de pouvoir et de manipulation auxquels les réseaux sociaux donnent accès, il interroge tout autant sur la place accordée aux femmes vieillissantes dans notre monde moderne et de manière générale sur ce sentiment d’isolement inhérent à la fuite du temps. A partir d’un trouble identitaire, Safy Nebbou et Julie Peyr, sa coscénariste articulent un récit composé de plusieurs histoires qui s’imbriquent les unes dans les autres. Riches d’ingrédients réjouissants (le mensonge, la vérité, la tricherie, la manipulation, la culpabilité, l’amour), elles creusent, sans jamais faillir, le sillon d’une aventure romanesque à mi-chemin entre thriller et chronique sociale. Le réel se confond avec la fiction. Le va-et-vient constant entre le monde concret de Claire et la dimension virtuelle de Clara nous maintient dans un juste équilibre entre fantasme et passion, pendant que sous forme de flash-back se déroulent les confessions d’une femme à la recherche de la vérité face à une psychiatre bouleversée que le jeu tout de fragilité et de nuances de Nicole Garcia rend bouleversante.

Au delà de l’intérêt d’un récit astucieusement bâti, le film vaut essentiellement par la présence de Juliette qui, une fois encore, n’hésite pas à se mettre à nu pour faire vivre cette femme aux multiples visages, n’hésitant pas, pour la crédibilité de son rôle, à afficher des traits peu avantageux. Avec une générosité inlassable, elle se saisit à bras le corps de ce personnage infiniment complexe pour le nourrir d’une palette d’émotions et le rendre définitivement fascinant. Non négligeable aussi est la prestation de François Civil dont on ne suit que l’interprétation vocale dans un premier temps mais qui dans ce registre dramatique auquel il ne s’était encore que rarement confronté fait preuve d’une authentique sensibilité. Après s’être penché sur les effets de l’isolement au cœur d’une nature hostile avec Dans les forêts de Sibérie, Safy Nebbou continue son exploration tout en finesse de l’âme humaine à travers ce jeu de cache-cache parfaitement maîtrisé qui touche juste à tous les coups.

https://www.avoir-alire.com/celle-que-vous-croyez-la-critique-du-film

AvoirAlire
« Celle que vous croyez », les jeux de l’amour et du hasard au temps des réseaux sociaux
par Corinne Renou-Nativel




Le réalisateur de L’autre Dumas propose une séduisante adaptation du roman de Camille Laurens dans laquelle une quinquagénaire se fait passer sur le Web pour une jeune femme.

« Clara Antunes. Née le 22 septembre 1993 ». Lorsque Claire Millaud, la cinquantaine, crée de toutes pièces un profil Facebook, a-t-elle conscience qu’elle tente de renaître ? Classiquement hélas, son mari l’a quittée pour une femme qui pourrait être leur fille. Et Ludovic, son jeune amant, vient de lui signifier qu’elle ne représente rien pour lui. « Tu croyais que tu allais me présenter tes fils ? J’ai leur âge », ironise-t-il.

Quand elle l’invite à rejoindre ses contacts sur Facebook, il ne répond pas à sa demande. Alors elle s’invente un avatar, Clara, qui possède ce qu’elle a perdu : la jeunesse. Elle commence un dialogue avec Alex, l’ami de Ludovic, pour en savoir plus sur ce dernier. Pour ne pas se dévoiler, elle doit choisir avec soin ses mots et expressions qui disent son âge comme « pingre » ou « payée au lance-pierre ». Assez vite un jeu de séduction s’instaure entre Claire/Clara et Alex. Dans ces mensonges sur fond de monde virtuel, éclot la vérité de sentiments bien réels.

« L’amour, c’est vivre dans l’imaginaire de l’autre », disait le grand cinéaste Antonioni. Camille Laurens a repris ces mots dans son roman, Celle que vous croyez, que Safy Nebbou a voulu transposer sur grand écran dès sa parution : « L’exercice était très stimulant, le roman de Camille Laurens étant à la fois complexe et imparable, comme une structure d’horlogerie. » Plusieurs récits s’emboîtent à l’écrit comme à l’écran. C’est à une psychiatre que confie cette histoire d’amour hors norme une Claire défaite que ranime l’évocation de l’exaltation passée.

Sous le masque de Clara, elle a retrouvé le plaisir de séduire, le bonheur d’être aimée, la joie piquante de se sentir plus vivante, l’illusion jubilatoire de se croire reliés. « Cette petite lumière verte qui t’indique que l’autre est en ligne, là sur l’écran, à vous, c’était un réconfort, une bouffée de Ventoline, je respirais mieux », explique Claire à sa thérapeute. Mais Alex ne se contente pas de mots sur une messagerie : il veut voir des photos de Clara, lui parler, la rencontrer.

Le piège du jeunisme
Par son sujet et sa réalisation, Celle que vous croyez n’est pas sans rappeler Her de Mike Jonze, sorti en 2014, où un homme meurtri par une récente rupture s’éprend de la voix d’un programme informatique sophistiqué. Même univers citadin, même jeu avec les baies vitrées qui deviennent des miroirs à la nuit tombée, même intensité dans un récit qui évite le travers de la désincarnation. Celle que vous croyez empoigne néanmoins d’autres sujets comme la fausse proximité qu’offrent les réseaux sociaux ou le sexisme qui tend à faire croire aux femmes de plus de 50 ans qu’elles n’ont plus leur place dans les jeux amoureux.

Tantôt éteinte, tantôt scintillante, Juliette Binoche interprète avec une grande justesse cette femme qui refuse de se laisser enfermer dans un âge, mais s’enferre elle-même dans le piège du jeunisme. Face à elle (ou presque), François Civil incarne l’ardeur impatiente d’un jeune homme sensible. Ils servent magnifiquement l’histoire de Camille Laurens aux fins multiples, enchâssées et éclairantes.

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/jeux-lamour-hasard-temps-reseaux-sociaux-2019-02-26-1201005156?from_univers=lacroix

La Croix
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€