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Touch Me Not
| 2018| 2h09
Réalisation : Adina Pintilie
Avec : Laura Benson, Tomas Lemarquis, Christian Bayerlein
Version originale (VO) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Entre réalité et fiction, TOUCH ME NOT suit le parcours émotionnel de Laura, Tómas et Christian qui cherchent à apprivoiser leur intimité et leur sexualité. Si cette soif d’intimité – toucher et être touché, au sens propre comme au sens figuré – les attire autant qu’elle les effraie, leur désir de se libérer de vieux schémas est plus fort. Espace de réflexion et de transformation, TOUCH ME NOT s’attache à comprendre comment vivre l’intimité de manière totalement inattendue et comment aimer l’autre sans se perdre soi-même.


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Touch me not - la critique du film
par Laurent Cambon




Une plongée courageuse et sensorielle au cœurs de corps et d’âmes abîmés, mais qui ne parvient pas à convaincre complètement tant le résultat expérimental est lent et confus. Dommage car Adina Pintilie, au sens de l’esthétique certain, tenait là un sujet en or


Notre avis C’est une femme dont on prononce à peine le prénom. Elle a la cinquantaine passée, elle est belle. Elle passe ses journées dans un centre hospitalier où elle assiste un homme, handicapé et inerte, qu’on imagine être son mari ou son père. Elle arpente les murs blancs, filmés comme une œuvre contemporaine de peinture, où des adultes handicapés, essayent de se reconstruire voire de se construire tout court. Elle assiste notamment à un groupe de sophrologie où elle observe un homme chauve, aux yeux sublimes, qui découvre, lors d’un exercice de relaxation mentale, le corps défait d’un patient.

Le décor planté de cette expérience cinématographique, on comprend très vite qu’il est à la fois le théâtre d’une introspection douloureuse de la part de la réalisatrice et protagoniste centrale à l’intérieur de leur propre territoire sexuel, et d’un documentaire qui essaye de montrer le combat que chacun mène, en situation de handicap ou pas, contre ses inhibitions et complexes. Le sujet est osé. Si la réalisatrice se met à distance de ce récit en engageant un dialogue entre les acteurs et la caméra, elle plonge son regard singulier dans les bas-fonds de la sexualité masochiste, en devenant elle-même le jouet de cette quête de la sexualité. Car Touch Me Not constitue une véritable quête intime et spirituelle pour les personnages principaux qui la composent, à savoir cet homme énigmatique, qu’on présume infirmier, qui rentre dans l’intimité sexuelle et affective de son patient, handicapé au regard lumineux qui contraste avec les déchirures du corps, et cette femme qui n’assume pas sa propre nudité.

Il faut saluer d’emblée le travail merveilleux de la photographie. La blancheur inonde souvent l’écran. Le cadrage évoque des œuvres picturales de Mondrian ou des peintres cubistes du début du vingtième siècle. La musique, énigmatique, réflective, quasi intellectuelle, accentue le travail minutieux exercé sur la lumière et l’image. En ce sens, Adina Pintilie échappe au risque de la vulgarité et du voyeurisme en offrant au spectateur un projet de cinéma à la limite de l’iconographie. On se demande même pendant tout le film, si finalement, plus qu’un écran de cinéma, le film n’a pas vocation avant tout à trôner dans une exposition expérimentale de musée contemporain. C’est peu dire de la qualité esthétique et visuelle de cet essai.

La difficulté de ce film demeure toutefois son excès d’ambition dans sa volonté à atteindre une forme d’abstraction et de perfection. En effet, à vouloir trop en dire ou trop bien dire, le film verse aussi dans le pointillisme ronfleur. Les dialogues trop écrits, comme une Duras savait les sublimer, se perdent au gré d’une série de tableaux qui égarent le spectateur et l’éloignent du récit. Ce maniérisme s’étend in fine au jeu des comédiens eux-mêmes, nourrissant l’impression d’un métrage trop long. Les maladresses réelles ne doivent toutefois pas diminuer le talent indéniable de la réalisatrice, qui s’est déjà distinguée dans quelques courts et moyens métrages. Si l’on quitte l’expérience désorienté, une part d’admiration nous donne envie de reprendre le chemin avec elle. A suivre, donc.



https://www.avoir-alire.com/touch-me-not-la-critique-du-film

AvoirAlire
Critique – Touch Me Not, d’Adina Pintilie
par René Marx




Les corps en face

À Berlin, en février 2018, la cinéaste roumaine Adina Pintilie (sans lien avec le célèbre Lucian Pintilie) a obtenu l’Ours d’or et le prix du meilleur premier film pour Touch Me Not. Comme disait Georges Brassens, « certains dévots, depuis ce temps, sont un peu mécontents ». Le film est, semble-t-il, l’un des plus « choquants » de ces dernières années. Les différentes projections se passent toujours de la même façon. Peu à peu, plus ou moins tôt selon leur résistance, des spectateurs, nombreux, quittent la salle. Les prix berlinois ont été accueillis par beaucoup de commentaires hostiles. Dans « The Guardian » du 25 février, notre confrère londonien Peter Bradshaw écrivait : «Un Ours d’or creux et puéril… une calamité pour le festival… un documentaire sans humour, maladroit, qui rabaisse Berlin au rang de promoteur de la sottise et de la nullité…» Quelle mouche a donc piqué L’Avant-Scène Cinéma pour en faire un « film du mois » ?

Prenons un peu de recul. Que montre le cinéma depuis cent vingt-trois ans ? Des corps. De cette représentation des corps, de leur érotisation, de la nudité, des normes du masculin et du féminin, de la beauté (et de la laideur), les questions sont posées depuis les premiers films. Depuis les maillots de Jeanne d’Alcy dans les films de Méliès, depuis les Bathing Beauties de Sennett, depuis Theda Bara et Rudolph Valentino jusqu’au dernier déshabillage superflu de n’importe quel film médiocre d’aujourd’hui, l’image des corps, de leur dévoilement, la représentation sexuelle, obsèdent les écrans. Il est impossible d’interroger l’histoire du cinéma sans interroger cette obsession. Ce qui fait l’importance de Touch Me Not, c’est que le film, documentaire et fictionnel tout à la fois, se saisit frontalement de ces questions, et, à l’aide de méthodes surprenantes, y répond très bien, parfaitement même.

Le premier aspect fictionnel, c’est le personnage de Laura, dont le tourment donne son titre au film. Interprétée par Laura Benson (la coïncidence des prénoms jette volontairement le doute dans l’esprit des spectateurs sur la frontière réalité/simulacre) cette femme ne veut pas être touchée. Sa vie sexuelle est compliquée. Dès la première séquence on la voit payer un escort boy pour qu’il se masturbe devant elle, sans autre contact que celui du regard. Elle est spectatrice et, dans la salle de cinéma, le public la regarde regarder. Les premiers plans sont d’ailleurs cadrés sur le garçon seul. Et sur sa nudité. Laura sera l’Ariane de ce film labyrinthique. Pour comprendre ce qui lui interdit d’être touchée, elle va rencontrer des personnages sur lequel le doute réel/fiction sera maintenu constamment. Et rapidement interviendra la réalisatrice elle-même, présente à l’écran, souvent en profil perdu, en ombre, parfois face caméra, fuyante et présente à la fois, dont la voix se mêle à celle des autres personnages. Ceux que Laura rencontre sont tous hors-norme, hors-modèle. C’est leur mise à nu, visuelle et psychologique, qui fait fuir les spectateurs. On veut bien rester quand le strip-tease dévoile un corps normé. Sinon, courage, fuyons… La vérité, toute nue, sortant du puits, n’a pas forcément les courbes prévues par le Canon de Polyclète.

Les rencontres de Laura, pourvu qu’on soit resté dans la salle pour les partager, se révèlent fascinantes. Les voilà, les vérités qui sortent du puits. Christian Bayerlein souffre d’une gravissime atrophie musculaire. De son corps ravagé par la maladie, il parle librement, l’expose sans difficulté, et nous annonce joyeusement que sa vie sexuelle est active, épanouie. Il nous présente sa compagne, Grit, valide mais éloignée elle aussi des corps modèles de notre temps. Il nous entraîne dans les clubs où personne ne s’offusque de leurs différences. Il échange ses réflexions avec Thomas, qu’on pourrait croire un « beau » garçon ordinaire, souffrant en réalité dans son corps, comme, à d’autres moments du film, le père malade de Laura, Laura elle-même, et, c’est ce que suggère la réalisatrice, chaque habitant de cette planète, à un moment ou à un autre de sa vie. Christian, Thomas, Grit sont, avec leurs ombres, comme des lumières, des révélateurs pour Laura, dont le corps apparemment valide est pourtant le plus torturé de tous. Elle aura de longs échanges avec des coachs inattendus, d’autres personnages réconfortants, inclassables sexuellement, socialement, d’autres individus que beaucoup de spectateurs refuseront sans doute de regarder en face. Et tant pis pour ces spectateurs, si on nous permet ce reproche, ce regret.

Ainsi, peu à peu, lucidement, Adina Pintilie fouille l’intimité de chacun, la sienne propre, celle des spectateurs qui acceptent de la suivre. Elle mêle deux exploits, celui d’apporter de nouvelles vérités sur le sexe, le corps, les sentiments, l’émotion. Et celui d’affronter comme jamais ces questions telles qu’elles se posent au cinéma d’aujourd’hui. Il est au fond parfaitement rassurant de savoir que, malgré l’incapacité d’une grande partie du public à supporter ces questionnements, le jury d’un des plus grands festivals du monde ait honoré et reconnu son effort.

http://www.avantscenecinema.com/critique-touch-me-not-adina-pintilie/

L'Avant Scène Cinéma
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Tarif - 14ans : 4,50€