Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

Mademoiselle de Joncquières
France | 2018| 1h50
Réalisation : Emmanuel Mouret
Avec : Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz
Film en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa mère...


Imprimer la fiche film

EVENEMENT :
Ciné-Rencontre : MADEMOISELLE DE JONCQUIERE
Date de l'événement : 2018-09-15
Mademoiselle de Joncquières : D’amour et de haine
par Isabelle Danel




Neuvième long-métrage d’Emmanuel Mouret et le premier en costumes, Mademoiselle de Joncquières est une passionnante radiographie des amours assassines au XVIIIe siècle. Avec deux acteurs dont la modernité sert constamment le propos, éternel.

Un libertin notoire assaille de sa présence, de ses mots et de son charme une jeune veuve riche et retirée du monde. Plus elle résiste, plus il insiste. Elle cède à ses avances. Leur bonheur s’épanouira quelque temps. Et puis, l’ennui… Madame de la Pommeraye ayant ressenti le désamour du Marquis des Arcis, prétend alors être celle qui n’a plus de goût à leur idylle : pour connaître la vérité, et sembler triompher. La tête haute mais le cœur brisé, elle n’aura de cesse que de se venger. Et cette vengeance est machiavélique…

Mademoiselle de Joncquières est adapté d’un court récit de quelques pages dans Jacques le Fataliste et son maître de Diderot. Comme Les Dames du Bois de Boulogne de Robert Bresson. La comparaison s’arrêtera là, car Bresson avait plié l’intrigue à son temps (le milieu des années 1940), tandis que Mouret colle à celui de l’auteur, la fin du XVIIIe siècle.

Spécialiste des comédies très dialoguées riches en chassés-croisés (de Laissons Lucie faire à Caprice), Emmanuel Mouret ne s’est éloigné qu’une fois de sa zone de confort pour Une autre vie, mélodrame social avec Joey Starr, Jasmine Trinca et Virginie Ledoyen. Ce neuvième long-métrage est le premier en costumes, et s’il rejoint les films précédents par son étude minutieuse des comportements amoureux, la contrainte des décors et des costumes aurait pu être un obstacle. Bien au contraire ! La reconstitution, loin du magasin des accessoires poussiéreux de certaines productions, est une véritable plongée au cœur de l’époque. Les couleurs des robes, la verdure des jardins du château, les bouquets de fleurs fraîches à l’intérieur sont autant de traces lumineuses d’une fin de siècle, par ailleurs en pleine évolution. Tout est brillant ici, des dialogues à la façon machiavélique dont Madame de la Pommeraye, comme une morte qui marche, mène tout son petit monde de la clarté à l’ombre. Les taches noires des robes et des intérieurs se faisant de plus en plus nombreuses, personnifiant ses sombres desseins, envahissant peu à peu le cadre.

Cécile de France et Edouard Baer, acteurs d’aujourd’hui dont on aime la gouaille, sont parfaits dans ces personnages auxquels ils confèrent aisance et modernité. Ils dominent un casting remarquable qu’il faudrait citer entièrement, de Laure Calamy à Alice Isaaz. Mademoiselle de Joncquières est l’histoire d’un amour d’abord refusé, puis offert tout entier, qui se met à grignoter le personnage du marquis, comme il avait grignoté Madame de la Pommeraye. Démarré comme du Marivaux pour finir comme du Choderlos de Laclos (La Marquise de Merteuil, elle aussi, est une femme puissante, amoureuse et blessée qui se venge), le film se déploie en plans-séquences fluides. Tout en mouvement. Entre tourbillon gracieux et spirale infernale.

http://www.bande-a-part.fr/cinema/critique/magazine-de-cinema-mademoiselle-de-joncquieres-emmanuel-mouret/

Bande à Part
Emmanuel Mouret – “Mademoiselle de Joncquières”
par Maryline Alligier




Neuvième long-métrage d’Emmanuel Mouret, produit par Frédéric Niedermayer, Mademoiselle de Joncquières est un film en état de grâce.

Le cinéaste adapte librement un chapitre du roman de Diderot, Jacques le Fataliste et son maître. Madame de La Pommeraye (Cécile de France), jeune veuve retirée du monde, cède au Marquis des Arcis (Edouard Baer), un libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le Marquis s’est lassé de leur union. Blessée et meurtrie, elle décide alors de se venger avec la complicité de Madame de Joncquières (Natalia Dontcheva) et de sa fille (Alice Isaaz)

Là où Bresson dans Les Dames du bois de Boulogne situait le récit au vingtième siècle, Emmanuel Mouret reste fidèle au dix-huitième. Fidélité à la matière (les décors, les costumes) et à l’esprit. Et ce siècle renaît dans le présent, y retrouvant sa vivacité, sa lumière et le mouvement de la vie. Mademoiselle de Joncquières n’a rien d’un film d’époque «poussiéreux». Le classicisme exhausse la beauté, la délicatesse et l’élégance. Loin d’être un parti pris prévisible, il fait du récit un récit «contemporain de tous les âges » (1). Nous n’avons pas affaire à des personnages situés socialement ou historiquement mais avant tout à des êtres de désirs qui s’interrogent sur les usages amoureux et moraux.

Interroger ses désirs et les usages, c’est les mettre à l’épreuve de la parole. La mise en scène de cette parole joue sur ce qui n’est ni tout à fait dévoilé, ni tout à fait dissimulé, dans le style toujours alerte et délicat d’Emmanuel Mouret. Les confidences, les apartés, les raisonnements, les argumentations des personnages, tout porte à conquérir cette parole libre qui est celle de l’amour et du désir, tout en en questionnant les leurres ou les impostures. La pensée de Madame de la Pommeraye et du Marquis des Arcis est toujours en mouvement, et les dialogues sont d’ailleurs créateurs d’espace. Le désir est par nature fluctuant, mobile, et les personnages parlent en se déplaçant dans le cadre, le plus souvent filmés en plan-séquence.

La grâce s’incarne dans ces sensations durablement musicales de la langue, ses finesses, ses vertus d’allusion et de double sens. L’effleurement des mots précède et prolonge alors celui des corps. La grâce se donne aussi dans un sourire, dans un regard enjoué, dans une nuque ou un port d’épaule. C’est celle du premier rapprochement de Madame de la Pommeraye et du Marquis des Arcis, la grâce de leur premier baiser. Celle rendue par le marquis à Madame des Arcis.

Ces mouvements d’existence se créent là sous nos yeux parce que les véritables mouvements des personnages sont intérieurs. Mademoiselle de Joncquières « s’adresse à notre réalité sentimentale et morale bien plus qu’à notre réalité extérieure » (2). Et se découvre un lien harmonique entre les décors et les émotions exprimées, dessinant les trajectoires sentimentales des personnages qui mettent en évidence une attention constante des lignes. Lignes démultipliées et résonant dans celles, mélodiques, de Vivaldi et Bach. À l’inverse de beaucoup de films d’époque, Mademoiselle de Joncquières n’est d’ailleurs pas la superposition de divers éléments d’ordre pictural, sonore ou dramatique mais une intime et subtile combinaison révélée par la photographie de Laurent Desmet.

Cette « réalité sentimentale et morale », c’est celle de Madame de La Pommeraye, qui ose s’affranchir du « voile de la pudeur » (3) qu’impose sa condition de femme en cédant à un homme libertin. Celle d’une femme dont l’amour fait s’évanouir les scrupules, les réticences et les craintes jusqu’au baiser et aux caresses. Et parce ce n’est pas juste une histoire de désirs mais de sentiments, Madame de la Pommeraye se fait alors justice elle-même par amour. Prise de surprise et de douleur à l’aveu du désamour du Marquis, de la promesse non tenue d’un amour durable, «hors la loi» des conventions et du mariage, pouvant créer « la plus parfaite des sociétés, celle que forment un homme et une femme qui s’aiment » (4), Madame de la Pommeraye se venge, et diaboliquement.

Mais là se trouve encore la singularité du film, sa beauté et son ressort particuliers: Madame de la Pommeraye dissimule, manipule Madame de Joncquières et sa fille, trahit le Marquis mais aime. Aucun cynisme, aucune psychologie. De l’absence de jugement en amour à son questionnement moral, voilà à nouveau la dialectique à l’oeuvre dans le cinéma d’Emmanuel Mouret. Peut-on aimer plus que de raison ? Aime- t-on vraiment en étant raisonnable ? La vengeance ne peut-elle pas se justifier par la raison ? (« Si toutes les femmes agissaient comme nous l’honneur d’être une femme en serait grandi » (5) ? En quoi le sens moral est d’autant plus élevé lorsqu’il se retrouve hors des sentiers de la morale ? Emmanuel Mouret donne à penser et « le jeu des questions est peut-être plus important que celui des réponses » (6). D’autant plus que tout échappe à celui qui aime. Le Marquis dont « la sincérité malhabile, innocente et vulnérable avance comme un petit enfant » (7) ne se laisse- t-il pas surprendre par un amour véritable et profond ? Et il ne s’agit pas de rédemption ou d’une conversion mais, parce qu’on est dans le cinéma d’Emmanuel Mouret, d’accepter la surprise et l’étonnement. En pensant se faire justice, Madame de la Pommeraye, malgré elle, ne rend-elle pas justice à l’amour en permettant l’union du Marquis et de Mademoiselle de Joncquières ? Tendre ironie, heureux malentendu.

Si « c’est peut-être sur nos troubles que Les Lumières ont jeté le plus de clarté » (8), Emmanuel Mouret dans Mademoiselle de Joncquières nous offre un lieu où les interroger. Et peut-être où oser hasarder. Ne faut-il pas avancer pour aimer ?

https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/emmanuel-mouret-mademoiselle-de-joncquieres/20180906

Culturopoing
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€