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Vivir y Otras Ficciones
Espagne | 2018| 1h25
Réalisation : Jo Sol
Avec : Antonio Centeno, Pepe Rovira, Arántzazu Ruiz
Version originale (espagnol) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Antonio est écrivain. Il est tétraplégique aussi. Pour lui, jouir d’une sexualité épanouie est un choix vital, voire politique. Tout le monde devrait y avoir accès mais personne ne veut s'en mêler. Mais c'est un activiste. Entre l'hostilité de son aide soignante, l'enthousiasme d'une prostituée militante et la perplexité de son assistant de vie, Antonio met en place un lieu d’assistance sexuelle chez lui. Pepe, sorti de l’hôpital psychiatrique, rencontre Antonio. La relation qu'il tisse avec lui va définitivement bouleverser son regard sur la vie.


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Vivir y Otras Ficciones - la critique du film
par Jérémy Gallet




Un film à la vitalité nietzschéenne, que la mélancolie suit comme une ombre.

L'argument : Antonio est écrivain. Il est tétraplégique aussi. Pour lui, jouir d’une sexualité épanouie est un choix vital, voire politique. Tout le monde devrait y avoir accès mais personne ne veut s’en mêler. Mais c’est un activiste. Entre l’hostilité de son aide soignante, l’enthousiasme d’une prostituée militante et la perplexité de son assistant de vie, Antonio met en place un lieu d’assistance sexuelle chez lui. Pepe, sorti de l’hôpital psychiatrique, rencontre Antonio. La relation qu’il tisse avec lui va définitivement bouleverser son regard sur la vie.

Notre avis : Antonio le tétraplégique ne se conformera pas à l’image que la société lui assigne : celle d’un handicapé convenable, parce qu’il accepte courageusement son destin, se résout à survivre, à exister dans la sempiternelle dépendance des autres. Non, lui, ce qu’il veut, c’est vivre, investir l’énergie que lui dicte son corps à travers une activité sexuelle, puisqu’il a bien compris que là persistait le tabou social. À ces anatomies que le discours des valides perçoit comme diminuées, notre homme propose une assistance sexuelle, à domicile, puisque l’Etat, évidemment, n’œuvrera jamais dans le sens de cette émancipation, même si, de manière utopique, notre subversif auteur souhaiterait que fussent légalisées ces séances pour les handicapés. Et financées par les deniers publics, ça va de soi.

Ce qu’il s’agit tout simplement de retrancher, c’est la peur chevillée au désir, qui participe du contrôle social. Donc, ses amis, comme lui-même, n’auront plus peur. Une accorte prostituée les visitera, tous ces hommes, finira elle-même par accéder à une jouissance inconnue, par ajuster le rythme de ses envies à celui des corps qu’elle contente, jusqu’à exulter dans l’orgasme avec Antonio le cérébral, toujours dans le commentaire de ce qu’il fait. Ne s’enchaîne-t-elle pas elle-même à contenter un plaisir masculin, sur le mode d’une transaction marchande ? C’est ce que pense l’aide-soignante d’Antonio, pour qui un handicapé qui paye les faveurs d’une femme reste un homme qui s’offre une prostituée. En contrepoint, le parcours de l’assistant de vie, Pépé, paraît furieusement analogique du chemin accompli par Antonio : lui aussi a dû affronter le regard des autres, refouler pendant des années son désir de chanter, l’observer derrière la prison de son âme, tandis que son corps déambulant avec sa guitare dans un Barcelone nocturne, ne produisait que quelques balbutiements mélodiques, sur des cordes tendues. Il était dès lors naturel que les deux hommes donnent à leur relation un tour plus confessionnel. Chacun des personnages de ce joli film aspire simplement à vivre, dans la pleine conscience de ce qu’il veut et de ce qu’il peut. Et ce désir seul qui pose problème ouvre des abîmes d’insondable tristesse.

https://www.avoir-alire.com/vivir-y-otras-ficciones-la-critique-du-film

AvoirAlire
Jo Sol – “Vivir y otras ficciones”
par Pierre Guiho




Tandis que les usagers de la novlangue se masturbent la cervelle pour contourner la réalité du handicap, beaucoup de celles et ceux qui ont perdu l’usage de leur corps luttent pour en retrouver le contrôle. Revendiquant le droit à la sexualité, Antonio Centeno, écrivain et activiste, entend briser les tabous et inscrire son projet d’assistance sexuelle au cœur d’une action à volonté politique.

Sa rencontre avec le réalisateur Jo Sol autour d’un projet sur la transsexualité et l’identité inscrit Vivir y otras ficciones dans un questionnement plus général sur la marge et le droit de vivre. Le quotidien de l’écrivain tétraplégique croise alors celui de Pepe Rovira que le cinéaste avait suivi dans un précédent film : revenant à Barcelone après un long séjour en hôpital psychiatrique, le sexagénaire devient l’assistant d’Antonio.

À la manière de la série Strip tease, le film capte le mélange de proximité et de promiscuité qui teinte les relations singulières entre Antonio, son aide-soignante et Pepe. Soudain placé au cœur du propos, le corps tétraplégique, celui qu’il faut laver, habiller et manœuvrer, devient sujet de discorde et de malentendus dès lors que le projet d’Antonio aborde la sexualité. Les discussions conduisent très vite à une impasse qui illustre les non-dits d’une société qui n’entend pas. La venue d’une prostituée pleinement engagée dans l’action d’assistance sexuelle bouscule encore davantage les règles et conforte Antonio dans l’idée que la révolution passe désormais par le corps.

En proie à un abattement chronique, Pepe lutte contre ses démons (un fils revenu, la passion du flamenco, un renoncement général), tandis que le dynamisme d’Antonio brise les idées reçues et questionne sur l’essentiel : le plaisir des sens comme élan vital.

D’apparence documentaire, la forme déplace volontairement le curseur et brouille les repères. Jo Sol aborde les scènes d’échange sexuel avec une franchise qui sait montrer et dire sans fard tout en préservant la pudeur des protagonistes. De la même manière, le réalisme prévaut lorsqu’il filme les discussions entre Antonio et son aide-soignante, tandis que le personnage de Pepe semble évoluer dans un entre-deux moins identifiable. Entre l’ancrage dans une réalité de lutte et d’engagement, les rêveries et les envolées poétiques, Vivir y otras ficciones affiche une identité hybride qui matérialise le croisement de destins en tous points différents mais finalement convergents.

L’intérêt du film tient alors à la manière dont il questionne toutes les sexualités dans leur relation au monde. À jamais révolutionnaire quand celle du corps devient revendication, la notion de liberté se conjugue nécessairement avec l’instinct de vie. À la fois mélancolique et optimiste, Vivir y otras ficciones fait entendre une voix qui parle à tous.

https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/jo-sol-vivir-y-otras-ficciones/20180206

Culturopoing
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€