Vite, une toile!.. aujourd'hui...

Informations

Abonnez-vous !!!

Inscrivez-vous pour recevoir la lettre d'information du Club

Prochainement

The Florida Project
USA | 2017| 1h55
Réalisation : Sean Baker
Avec : Willem Dafoe, Bria Vinaite, Caleb Landry Jones
Version originale (anglais) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Ce film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, dans le cadre du Festival de Cannes 2017

Moonee a 6 ans et un sacré caractère.
Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents.
Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère.
En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…



Imprimer la fiche film

The Florida Project - la critique du film
par Gérard Crespo




Portrait incisif d’une Amérique des laissés-pour-compte, le film séduit son absence de concessions et confirme l’originalité d’un des meilleurs représentants du cinéma indépendant.

L'argument : Moonee a six ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney World, elle y fait les quatre cents coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

Notre avis : Sean Baker avait été révélé en 2015 par Tangerine, tourné avec trois smartphones, qui nous emmenait avec grâce dans le Hollywood Boulevard des chauffeurs de taxis et des travestis. The Florida Project, dont les moyens sont plus confortables (sans atteindre toutefois la norme du budget hollywoodien), confirme la singularité de son approche des laissés-pour-compte de l’american way of life. Le thème n’est pas certes nouveau dans l’histoire du cinéma américain, depuis les courts métrages muets de Chaplin ou la série Les Petites canailles à l’oscarisé Moonlight, en passant par Notre pain quotidien de King Vidor ou Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg. Les récents American Horney ou Patty Cake$ ont un point commun avec The Florida Project : la volonté de dresser le portrait de jeunes femmes marginales mais voulant garder leur dignité, dans une nation qui peine à faire des cadeaux à ses déshérités. Mais au lyrisme d’Andrea Arnold et au sentimentalisme formaté de Geremy Jasper, Sean Baker préfère un style plus dépouillé (peu de musique, des décors limités aux murs criards du motel) et une absence de véritable trame narrative.

À l’unité de temps de Tangerine succède l’unité de lieu (ou presque) de ce motel de seconde catégorie, ancien dortoir pour touristes de Disney World devenu le logement de la lower class américaine. On y trouve de nombreuses familles monoparentales, avec à leur tête des femmes ne baissant jamais la tête face à l’adversité. Si Ashley est celle qui s’en sort le mieux grâce à son job à la cafétéria du coin, Halley passe ses journées à trouver de l’argent pour payer son loyer hebdomadaire, sous le regard à la fois bienveillant et ferme du manager (Willem Dafoe, que l’on a toujours plaisir à retrouver). Ce dernier est d’ailleurs le seul personnage masculin à attirer l’indulgence du cinéaste. Si le film tourne un peu en rond dans son premier quart d’heure, il distille très vite une atmosphère prenante. Les micro-péripéties concentrées sur les galères de Halley et le comportement pré-délinquant d’une bande de gosses espiègles sont traités sur un ton de comédie décalée, qui dévie progressivement sur la pente du drame social.

Il y a du Dickens dans ces saynètes axées sur des quatre cents coups, un Dickens qui aurait fréquenté Queneau et John Waters : la petite Moonee, à l’instar de Zazie dans le métro, n’a pas sa langue dans la poche et adopte avec aisance un comportement trash, jurant comme un charretier et traitant de tous les noms les adultes qui la réprimandent. On regrettera juste le surjeu de Brooklynn Prince, inhérent à de nombreux child actors de l’histoire du cinéma : plus cabotine que Jennifer Jason Leigh, elle aurait gagné à être canalisée par son metteur en scène, tant ses vociférations surlignent le chaos ambiant. Par contre, trop rares sont les apparitions de l’excentrique Sandy Kane, en vieille locataire loufoque, ou de Caleb Landry Jones (Antiviral), jeune acteur talentueux, ici sous-utilisé. Ces réserves de casting entravent peu la réussite de l’œuvre. D’un dynamisme contagieux et d’une audace dans son refus des concessions et des codes hollywoodiens, The Florida Project nous semble illustrer le meilleur d’un certain cinéma indépendant américain.

https://www.avoir-alire.com/the-florida-project-la-critique-du-film

AvoirAlire
The Florida Project : The (Disney) World is mine
par Adrien Dénouette




Certains se souviennent peut-être de Tangerine, le précédent film de Sean Baker shooté à l’iPhone 5. Nous, oui. Le film se distinguait du flot annuel de petits candidats DIY en faisant des trottoirs mal famés de L.A. l’arène d’une bataille générale d’engueulades. Comme des sales gosses livrés à eux-mêmes – mais en fait, à leur désœuvrement de tapins sans le sou – son cortège de queers frappadingues donnait l’impression d’accumuler les embrouilles dans le seul but de calfeutrer l’ennui. Or, ce programme de réenchantement par l’hystérie, sous l’angle d’un idéal anarchique, c’est l’une des définitions possibles de l’enfance. Pas n’importe laquelle : précisément celle de la liberté intégrale qui, de Tom Sawyer à la vibrionnante Moonee de ce The Florida Project, occupe tous les vides du terrain de jeu pour ne pas rimer avec abandon. C’est la seule idée de ce nouveau film, ce qui a pour effet secondaire de le rendre étale et un peu répétitif, mais Sean Baker a le mérite d’en exprimer tout le jus. Sur le mode de la chronique, The Florida Project suit ainsi le quotidien survolté d’une fillette de six ans, Moonee, passant le plus clair de ses journées à multiplier les bêtises, les jeux et les amis de passage, dans le cadre a priori déprimant d’un motel social (un genre d’ « Etap’Hôtel » à disposition de familles démunies). Malgré la gravité involontaire de certaines de ses gaffes (faire cramer une maison désaffectée), malgré aussi la mauvaise réputation de sa jeune mère, la gavroche s’adjuge la sympathie de tous, à l’image de ces enfants bien trop sauvages pour supporter l’école mais dont la propension sans limites à produire de l’amusement confine au pur génie.

Génie de cet imaginaire qui, idéalement logé dans un hôtel mauve bonbon, repeint le décor en sa couleur. Génie aussi du show permanent qui concurrence la télé sur son propre terrain : le robinet d’attraction, le spectacle forain du bout de la zappette. Moonee est fille unique, élevée par une mère seule qui est restée un peu gamine, mais elle est surtout unique parce qu’elle détonne en tant que petit monstre. Si elle se moque toujours des autres, de leur existence timorée, de l’aliénation des habitudes et de leur logique tristoune, c’est parce qu’à l’instar des « Animaniacs » qui sortaient du château d’eau de la Warner pour semer la zizanie, elle est une illuminée – avec Jeannette de Dumont, la deuxième en deux jours à la Quinzaine. Sis dans la banlieue vétuste du Disney World d’Orlando, cet hôtel fluo est sa scène à elle, la dépendance égarée du parc d’attraction. Le gérant du lieu l’a bien compris (Willem Dafoe, vraiment touchant), lui dont les activités – éloigner un pédophile, bichonner les finitions de la façade, détourner la gamine des colères de sa mère – consistent en réalité à faire le ménage autour du temple de l’enfance. Il les protège parce que dans leur frénésie dépourvue de toute névrose, ce sont les derniers gardiens d’un rêve d’animation perpétuelle, qui est celui de l’Amérique. (Attention spoiler) C’est la leçon de cette fin sublime où Moonee, refusant de subir une prise en charge de la DDASS synonyme de retour au réel, frappe en larmes à la porte de son amie pour lui annoncer que « tout est fini ». Tout pourrait effectivement s’arrêter là, si Baker ne trouvait l’idée prodigieuse d’élancer subitement les fillettes, filmées sans autorisations à la GoPro, en direction du château féerique de Disney. Le geste peut paraître naïf, mais il y a quelque chose de profondément bouleversant à voir deux petits toons tourner le dos aux lois banales du monde adulte, pour s’en aller embrasser l’utopie d’une vie de récréation éternelle.

https://www.critikat.com/panorama/festival/festival-de-cannes-2017/the-florida-project/

Critikat
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€