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Petit lexique d'accessibilités

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120 battements par minute
France | 2017| 2h20
Réalisation : Robin Campillo
Avec : Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel
Film en français
    ----
  • mercredi 24 janvier 15:30----
  • lundi 29 janvier 21:15----
  • mardi 30 janvier 17:50
  • Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Ce film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2017

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.



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EVENEMENT :
Avant-Première : 120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Date de l'événement : 2017-06-19
EVENEMENT :
Séance : 120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Date de l'événement : 2017-09-11
EVENEMENT :
Séances spéciales : 120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Date de l'événement : 2017-12-01
EVENEMENT :
Ciné-Débat : 120 BATTEMENTS PAR MINUTE
Date de l'événement : 2017-12-06
120 Battements par minute
par Fabien Reyre




Clac clac clac clac clac clac clac. Ce son à la fois étrange et familier, que l’on entend régulièrement tout au long de 120 battements par minute (Grand Prix du Jury au festival de Cannes 2017, lire notre entretien avec Robin Campillo), c’est celui provoqué par les claquements de doigts des militants de Act-Up lors de leurs nombreuses réunions hebdomadaires. Des doigts qui claquent doucement pour signifier une approbation ou un bravo, plutôt que des applaudissements ; c’est qu’ici, on n’est pas au spectacle. Act-Up, c’est une lutte, une guerre acharnée contre l’ignorance, le mépris, le dégoût et l’indifférence qu’inspiraient, dans les années 1980 et 1990, les malades du Sida à l’opinion publique, aux politiques et même à une partie de la communauté scientifique. Des claquements de doigts pour éveiller les consciences, pour sortir le monde de sa léthargie face à l’horreur d’une maladie à laquelle personne ne comprenait rien ou, pire, ne voulait rien comprendre.

Debout et le poing levé Faire un film en 2017 sur l’engagement d’Act-Up Paris à cette époque de l’Histoire (celle du virus, celle de la communauté homosexuelle, celle de la société française) relevait vraisemblablement d’une nécessité personnelle pour son réalisateur et scénariste, Robin Campillo (à qui l’on doit également le film Les Revenants, qui a inspiré la fameuse série du même nom, et le très beau Eastern Boys). Il a lui-même milité au sein de l’association au début des années 1990 et tout, dans le film, témoigne d’une connaissance aiguë de son sujet et d’un désir viscéral de raconter ce combat. Fort heureusement, 120 battements par minute réussit à être bien plus que la somme de ces nobles intentions. L’équilibre sur lequel repose le film est rien moins que miraculeux, tant les pièges étaient nombreux : la fresque contemporaine, qui mêle la petite histoire à la grande, a vu ces dernières années en France de nombreux cinéastes se cogner aux limites d’un exercice tellement délicat qu’ils s’y sont souvent cassé les dents, de Ducastel et Martineau avec Nés en 68 à Mia Hansen-Løve et son Eden, ou même Assayas avec Après mai.

Son titre n’est pas trompeur : 120 battements par minute vibre à chaque plan, exulte d’un désir de vivre et de se battre, de donner à voir et à entendre, de rendre visible. Il aura fallu beaucoup de temps et de recul pour pouvoir enfin réaliser un tel film, qui montre l’urgence à agir et la nécessité de passer par des actions souvent radicales, par le truchement d’une mise en scène qui se tient toujours à la bonne distance. Ni crue ni complaisante, ni voyeuriste ni hypocrite, la caméra de Campillo accompagne ses personnages de bout en bout avec bienveillance et empathie. Le scénario ne choisit pourtant pas la facilité, faisant se succéder de longues scènes d’assemblées générales aux dialogues ouvertement didactiques, avec le souci de faire co-exister les différents mouvements internes à Act-Up, les tensions entre différents membres dont les visions sur certains sujets pouvaient être radicalement opposées, et tâchant d’être fidèle à des personnalités désormais historiques sans les nommer ouvertement. Mais au-delà de la pédagogie, Campillo insuffle à chaque scène un élan romanesque qui fait résonner chaque mot, leur donnant du sens et du corps, rappelant au passage que derrière chaque terme médical ou scientifique se cache pour tous les personnages la possibilité d’une issue, le présage d’une guérison. Chaque mot compte car chaque mot est un outil pour déjouer la mort.

Le combat ordinaire La beauté de 120 battements par minute réside précisément là, dans sa célébration perpétuelle de la vie, de la joie d’être vivant, et donc de pouvoir aimer, baiser et ouvrir sa gueule. De personnages qui n’auraient pu être que des symboles ou pire, des icônes, Robin Campillo fait des êtres extraordinairement présents et charnels, à la fois entièrement engagés dans la même bataille et emportés par des vents contraires, des divergences de points de vue, des événements qui transforment radicalement leur place dans l’équilibre de l’association et la curieuse hiérarchie qui s’organise sans dire son nom. Car il y a ceux qui militent parce qu’ils sont malades et veulent seulement sauver leur peau, ceux qui ont trouvé là l’expression d’un désir d’absolu politique au-delà de la guérison, ceux qui sont là par conviction pure sans être forcément malades ou ceux qui sont frappés par la maladie avant même d’avoir connu le désir et la sexualité (l’ado contaminé par sa mère enceinte lors d’une transfusion). Les prises de bec sont nombreuses, les différends donnent au film une matière scénaristique parfois retorse, mais si documentée qu’elle permet d’évoquer un sujet parfois tabou (les tensions internes qui ont émaillé la communauté homosexuelle sur les prises de position autour de la prévention, notamment).

Le film s’articule entre l’énergie électrique qui parcourt des scènes pourtant a priori répétitives (les réunions) et celles où le mouvement (les interventions, souvent musclées, dans des laboratoires, des lycées, des conférences…) a paradoxalement pour objectif d’interrompre une parole faussée, un discours dévoyé. Dans 120 battements par minute, le verbe prend le relai du geste quand celui-ci n’a plus de sens, et vice-versa. Tout pour exister, se faire entendre, car comme l’un des plus fameux slogans de Act-Up le dit très clairement : « SILENCE = MORT ». Campillo est toujours au plus près de ses personnages, dans l’action, qu’elle soit physique ou verbale : le film est l’histoire d’un mouvement, au sens propre et figuré du terme, que rien ne peut arrêter. Au coeur de ce récit à la fois incroyablement romanesque et furieusement politique, qui est l’histoire d’un collectif, d’une communauté en lutte, Campillo déploie l’intime progressivement, par petites touches. L’histoire d’amour entre Sean et Nathan, qui se rencontrent sur les bancs des réunions de l’association et finissent par s’aimer, permet au cinéaste de démontrer tout son génie de l’équilibre, contournant le mélo et la complaisance tout en assumant la frontalité et la sensibilité du récit. Là, la caméra se pose et les silences se font respiration, un espace où la vie reprend ses droits, un temps et un lieu indéfinis où le désir et les sentiments se dépouillent des habits de guerriers pour mettre à nu les personnages dans toute leur force et leur vulnérabilité. Cette splendide romance, forcément tragique, donne aussi à Campillo la possibilité de montrer l’envers de l’action militante des membres d’Act-Up, où l’amour et le deuil sont irrémédiablement liés, où la pudeur n’a plus de sens, où les tensions se dissolvent dans le chagrin, avant de reprendre le combat.

https://www.critikat.com/actualite-cine/critique/120-battements-minute-2/

Critikat
Robin Campillo – « 120 battements par minute »
par




Dès les premières images, le mouvement se met en branle tel un flux continu. Tapis dans l’ombre, les activistes d’Act Up-Paris s’apprêtent à envahir la scène. Du collectif à l’individu, la mécanique ne fait pas de pause : peu importe que la Seine ne soit rouge sang qu’en rêve, l’énergie commune propulse chacun dans l’action et lui donne la force d’avancer encore. Qu’il agisse par révolte, altruisme ou désespoir, chaque membre trouve dans le groupe le carburant pour continuer tant celui-ci permet de ne pas rester seul.

Le mouvement construit et porte le film. Tourbillon en constant renouvellement, il mêle combat associatif et combat intime en créant des ponts, des respirations, des accélérations. Les discussions alternent avec les actions, les échanges personnels, les Gay Pride, les soirées en boîte. Ce qui pourrait se transformer en insupportable brouhaha s’avère parfaitement limpide, intelligible et passionnant.

Les réunions hebdomadaires (RH) se tiennent dans un amphithéâtre. Deux animateurs font en sorte que chacun puisse s’exprimer et laisser les autres répondre : il faut respecter l’ordre du jour et les temps de parole. Robin Campillo place trois caméras dans le décor pour suivre les échanges en continu. Le montage qu’il propose donne le rythme et propulse le spectateur au cœur de joutes verbales. La justesse du jeu et des dialogues permet d’assister à l’élaboration des plans d’action, tout devant être dit malgré les divergences plus ou moins profondes opposant les uns aux autres. Si l’exaltation des débats laisse peu de temps à l’analyse, elle galvanise et intègre chaque participant. Au centre de tout, la force de vie domine, motive, cherche à apprivoiser l’urgence. : soit tu es en vie, soit tu es mort.

Par le prisme d’histoires d’amour, Robin Campillo s’intéresse aux minorités, les indésirables dont la société ne sait que faire. Avec le retour à la vie de défunts dans un long métrage fantastique, Les Revenants pouvaient être vus comme des migrants légitimes mais encombrants, alors qu’Eastern Boys suivait le parcours de réfugiés. Incapables de les prendre en charge et de les intégrer, les institutions s’en remettaient à l’intervention des forces armées pour finalement se débarrasser d’eux.

L’histoire d’amour entre Nathan (Arnaud Valois), nouveau venu, et Sean (Nahuel Pérez Biscayart) activiste aguerri, naît au cœur du maelström et résonne avec lui. Alors que l’un est séropositif et l’autre non, elle vient questionner les fondements du sentiment amoureux : Nathan aime-t-il Sean parce qu’il a le sida ? Sean accepte-il que Nathan s’occupe de lui afin qu’il partage son expérience ? La profonde sensualité de la première scène d’amour, à peine perturbée par l’usage du préservatif, parvient à extraire les deux jeunes hommes de cette pensée mortifère. Après dix ans d’épidémie et d’humiliations, Act Up permet aux malades, ainsi qu’à leurs proches, non seulement d’envisager un avenir, mais de pouvoir le prendre en main. Alors que des milliers d’homosexuels, de toxicomanes, de prostituées, d’hémophiles et de transfusés sont morts dans l’indifférence générale, s’accorder encore le droit d’aimer et d’être aimé nourrit la lutte collective.

Dans les années 90, les téléphones portables naissent à peine et les réseaux sociaux n’existent pas. Pour que les actions soient filmées puis diffusées, l’originalité et la surprise s’avèrent essentielles. La manière de les préparer et de les mettre en scène alimente grandement les discussions souvent conflictuelles des RH. Il s’agit de savoir à chaque fois de quelle manière Act Up doit se comporter face aux laboratoires pharmaceutiques, aux politiques, à l’Agence française de lutte contre le sida. Si la violence des slogans et la virulence de certains happenings restent à jamais en mémoire, cela tient à la nature même du combat. Leur dimension artistique, graphique et visuelle fournit au réalisateur une matière cinématographique et surtout théâtrale qu’il exploite pleinement.

En fusionnant réalité et fiction, travaillant d’après ses propres souvenirs sans chercher à faire le portrait « ressemblant » de ceux qui ont animé l’association, Robin Campillo construit des personnages libres aux destins mêlés. Lui importent alors la ferveur du groupe, ses contradictions et son identité de « famille choisie ». Quand l’un de ses membres s’en extrait parce que la maladie le dévore, la solitude qui s’abat sur lui vibre encore plus cruellement. Du collectif à l’individu, le flux de 120 battements par minute coule, vrille, se tord mais toujours repart : rien ne l’arrête et surtout pas la mort, les militants disparus rappelant leur légitimité dans cette urgence d’agir.

Vive et rythmée, la mise en scène devient le mouvement qu’elle crée. Fragmentée mais structurée, l’architecture du récit superpose de multiples instants de vie dans un ensemble complexe mais harmonieux. Ralentis, flash-back et flash-forward renforcent l’identité fictionnelle du film contre toute représentation documentaire. Qu’ils s’enchaînent de manière onirique – comme cette Seine rouge sang, ces particules de poussière se transformant en cellules – ou en cuts secs, les procédés formels se mêlent tels les souvenirs de l’histoire d’amour entre Nathan et Sean : l’ordre importe peu, les digressions n’altèrent en rien la force des émotions. Incarnés et présents, jamais broyés par le groupe, tous les personnages existent avec puissance. Parce que la maladie attaque les corps, ces mêmes corps doivent réagir, se dresser ou se coucher pour faire barrage, danser ou baiser : toujours en mouvement, ils sont la vie. La musique d’Arnaud Rebotini, à la fois angoissante et entraînante, leur permet d’exulter.

Réunis en troupe, les comédiens transcendent leur rôle et nourrissent la matière profondément charnelle de 120 battements par minute. Il faudrait énumérer tous les noms, Aloïse Sauvage, Ariel Borenstein, Médhi Touré, Félix Maritaud, Catherine Vinatier ou Saadia Bentaieb au même titre que les premiers rôles, Nahuel Pérez Biscayart (à l’affiche d’Au revoir là-haut d’Albert Dupontel), Arnaud Valois dont ce film signe le retour professionnel, Antoine Reinartz, Adèle Haenel… Quelle que soit leur renommée, pas un de dénote, étant tous au service d’un film d’une incroyable richesse, fougueux, vif, drôle et bouleversant.

En transformant le réel en œuvre de cinéma, Robin Campillo frappe juste. Intrinsèquement politique, sa troisième réalisation impose un travail de mémoire sans nostalgie ni misérabilisme, à l’heure où le management d’entreprise installé au sommet de l’État vise à annuler toute lutte. Il rappelle également combien les actions d’Act Up ont permis de mettre en lumière l’urgence d’agir, de soigner, d’encadrer et simplement de dire ; et le permettent encore aujourd’hui – il suffit de voir l’incapacité des dirigeants à proposer une vraie campagne de prévention. Plongeant dans les années 90 en pleine épidémie du sida, Robin Campillo propose un film de vie, d’amour et de combat : 120 battements par minute brille de mille feux.

https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-dvdblu-ray/robin-campillo-120-battements-par-minute/20171223

Culturopoing
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
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p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,60 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 5,80€ / 12 places : 5€
Tarif - 14ans : 4,50€