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The Lost City of Z
USA | 2017| 2h20
Réalisation : James Gray
Avec : Charlie Hunnam, Robert Pattinson, Sienna Miller
Version originale (anglais) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle.
Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d'Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…



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James Gray dans la jungle des utopies perdues
par Marcos Uzal




Le nouveau film du cinéaste, autour des voyages de l’explorateur Percy Fawcett, n’est pas un récit d’aventure classique mais plutôt une odyssée généreuse, où les rêves enfantins, confrontés à la réalité, dérivent vers une apothéose inattendue. Une splendeur.

Avec The Lost City of Z, le cinéma de James Gray s’éloigne pour la première fois de New York pour nous raconter l’histoire d’un homme qui ne cessa de quitter son foyer afin de trouver l’introuvable. Alors qu’il cartographiait des régions inexplorées à la frontière du Brésil et de la Bolivie, Percy Fawcett crut découvrir les traces d’une civilisation disparue, contemporaine de l’Atlantide, et d’une cité perdue qu’il baptisa «Z» car son exhumation aurait selon lui représenté la dernière pièce du puzzle de l’histoire humaine. La quête de ce lieu mythique fut son idée fixe, qui ne convainquit que peu de monde. Suffisamment toutefois pour organiser quelques expéditions.

Un explorateur obsessionnel, des mystères irrésolus, un fleuve à remonter, une forêt vierge, des bêtes sauvages, des cannibales… On voit bien quel film d’aventures exotiques plein d’effets et de rebondissements Gray aurait pu tirer de cette histoire vraie. Or, lors de la première expédition de Fawcett (Charlie Hunnam), il évacue très vite ce type d’attentes en une seule séquence où se concentrent fièvre délirante, attaque d’indigènes et dévoration par des piranhas. Lors du deuxième voyage, toute la conception de l’aventure que le film rejette sera incarnée en contrepoint par l’explorateur James Murray (Angus Macfadyen), un arriviste enfermé dans une vision colonialiste selon laquelle la jungle ne peut être qu’hostile et ses habitants des êtres inférieurs et dangereux. Fawcett en est l’antithèse : la connaissance est son principal motif, son flegme lui épargne les crises de nerf, son pragmatisme le protège des a priori, sa curiosité le pousse à rencontrer les autochtones, à les comprendre et même à les admirer.
James Gray est totalement du côté de Fawcett dans son refus d’hystériser l’aventure, d’entretenir un exotisme suranné ou un romantisme colonial. Ainsi, il accorde une place très digne aux indigènes en nous amenant progressivement à eux tout en préservant la distance qu’ils maintiennent avec l’explorateur. Ils apparaissent toujours comme les maîtres des lieux sans être pour autant assimilés de force à la fiction.

Rêves enfantins
De même que Fawcett peut paraître terne, sans charisme ni grandeur extraordinaire, le film est tout en retenue, parfois jusqu’à la sécheresse. La forme est d’une beauté constante, notamment grâce à la photographie granuleuse en 35 mm de Darius Khondji, mais sans emphase. Et cette absence de grandiloquence rend le film et son protagoniste d’autant plus probes et élégants.

Au fond, The Lost City of Z est moins un film d’aventure qu’un film sur le désir d’aventure. Et ce désir est toujours un fantasme : une soif de conquête et de domination (la vision colonialiste de Murray) ou la projection d’un rêve enfantin (l’utopie de Fawcett). Comme il n’y a pas de désir sans frustration, la rétention du spectaculaire répond ici à l’idée que la déception est le moteur de l’aventure, car c’est en n’aboutissant pas que la quête peut sans cesse être relancée. Le film n’est cependant pas dénué de moments épiques, mais ils n’ont pas lieu pendant les expéditions dans la jungle : c’est une impressionnante chasse à courre au tout début, puis une bataille lorsque Fawcett fait la guerre en France (à chaque fois, il s’agit de donner la mort ou de la frôler). Ces scènes apparaissent comme les manifestations de tous les élans contenus dans l’idée fixe de Fawcett mais condamnés à rester suspendus, inachevés lorsqu’il croit s’approcher de son rêve inatteignable.

Mais si le film peut paraître bien sérieux dans son refus de sacrifier au spectacle et à l’infantilisme hollywoodien, il n’en est pas moins merveilleux et même enfantin. Il nous rappelle qu’enfant, c’était justement le sérieux qui nous fascinait dans certains récits d’aventures. Chez Jules Verne ou Robert Louis Stevenson, ce n’était pas notre enfance qu’on cherchait mais une preuve que nos rêves d’explorations pourraient s’accomplir dans la vie adulte. Or, c’est précisément l’idée qui est au cœur de The Lost City of Z où, comme souvent chez Gray, tout converge dans la question de la filiation, de la transmission (y compris lorsque Fawcett explique que les cannibales mangent leurs morts pour en assimiler l’énergie). Que raconte-t-il sous ses allures de film épique ? Que si les pères délaissent parfois leurs enfants, c’est qu’ils ne peuvent cesser de rester eux-mêmes des enfants, d’insatisfaits rêveurs sous leur masque sévère. C’est ce que la femme de Fawcett (Sienna Miller), magnifique personnage, doit apprendre à accepter de son mari : l’incurable immaturité que son autorité masculine dissimule mal, la laissant tragiquement suspendue dans l’incertitude, entre l’amour et l’abandon de ses hommes, entre leur foyer déserté et leur jungle chimérique.

Parole intime
Vient un jour où les fils, après avoir haï leur père pour ses absences, le comprennent jusqu’à parfois chercher à poursuivre le même rêve que lui. Parti pour racheter un honneur bafoué par un père qu’il n’a pas connu, Fawcett sera finalement rejoint des années plus tard par son fils aîné. Ce sera le dernier voyage qui constitue le moment le plus bouleversant du film, où tout finit par se nouer sans que rien ne s’achève : l’amour d’un fils trouvé dans l’abandon à l’Autre, une parole intime murmurée au cœur d’une terrifiante plongée dans l’inconnu, le rêve touché du doigt dans les bras de la mort. Il existe un mot précis, et souvent galvaudé, pour définir la forme d’élévation à la fois morale, physique et esthétique que Gray atteint alors : le sublime.

http://next.liberation.fr/cinema/2017/03/14/james-gray-dans-la-jungle-des-utopies-perdues_1555678

Libération
“The Lost City of Z”: un grand film d’aventures à la beauté foudroyante
par Romain Blondeau




La quête folle d’un explorateur en pleine jungle amazonienne. James Gray continue de planer sur le cinéma américain.

James Gray est un obsessionnel. Lancé, depuis 2009, dans le projet réputé suicidaire The Lost City of Z, un film d’aventures tel que le cinéma hollywoodien n’en avait plus produit depuis longtemps, le New-Yorkais s’est heurté à une série d’obstacles face auxquels beaucoup auraient abdiqué.
Il a connu la défiance des financeurs, surmonté les volte-faces du casting (pressentis dans le rôle principal, Brad Pitt puis Benedict Cumberbatch l’ont successivement lâché à mi-parcours) et combattu le scepticisme d’une industrie qui l’exhortait à abandonner (interrogé sur la viabilité du projet, Francis Ford Coppola aurait simplement répondu à James Gray : “Don’t go”).

Un récit d’aventures intimiste
Mais celui-ci ne s’est pas laissé influencer, et il a poursuivi jusqu’au bout le rêve menant aujourd’hui à ce film magistral, son plus ambitieux, un récit d’aventures intimiste qui redistribue les cartes de son cinéma, tout en creusant plus loin ses thèmes invariables.

Inspiré par l’histoire vraie du colonel anglais Percy Fawcett qui, en 1906, quitta sa famille pour se lancer dans une série d’expéditions en Amazonie à la recherche d’une mystérieuse civilisation perdue, The Lost City of Z marque un profond dépaysement dans l’œuvre de Gray. Pour la première fois, le cinéaste délaisse son New York natal, et avec lui son imaginaire, ses rivalités de petits gangsters et ses intrigues familiales nouées dans la communauté juive du Lower East Side.

L’obsession vire à la folie
Au même titre que son héros explorateur, il s’engage dans un monde étranger, les jungles foisonnantes d’Amazonie, leurs dédales labyrinthiques, leur faune dangereuse et leurs populations indigènes ; un décor immense que le cinéaste filme par légères touches impressionnistes.

Car il ne faut pas s’attendre ici à de grandes effusions spectaculaires. The Lost City of Z, bien que traversé d’un puissant souffle épique, nous convie plutôt à une aventure mentale, une dérivation hagarde renouant avec le motif privilégié du cinéma de James Gray : l’obsession virant à la folie. Le colonel Fawcett, comme le flic vengeur de La nuit nous appartient ou l’héroïne entêtée de The Immigrant, est guidé par une idée fixe, une vision pour laquelle il va sacrifier sa famille, sa réputation et même sa vie.

Mû par une ambition à la fois noble (découvrir une civilisation archaïque, faire avancer la connaissance du monde) et pathétique (obtenir la reconnaissance de ses pairs, faire son entrée chez les puissants), il s’enfonce dans un mirage, une expédition sans fin dont les climax se limitent à la découverte d’infimes indices : quelques morceaux de poteries, des histoires orales et des silhouettes aperçues dans les bois.

Le récit diffère toujours l’apparition de cette fameuse cité
Très habilement, le récit diffère toujours l’apparition de cette fameuse cité Z, soulignant à l’inverse les situations d’épuisement et de surplace dans lesquelles s’enlise Fawcett, héros d’une aventure à la flamboyance éteinte, saisi à travers l’objectif embué, presque irréel, de Darius Khondji dont la lumière splendide jette un voile mélancolique sur tout le film.

Il aura fallu que James Gray s’échappe lui-même dans la jungle pour trouver l’expression la plus déchirante de cette obstination malade, cette folie qui peu à peu se propage, tel un poison violent. C’est ici la part la plus belle du récit, son élévation tragique. A mesure que le héros s’abîme dans les expéditions, son aveuglement contamine son entourage : un fils et une femme laissés seuls en Angleterre.

Avec le premier, il repartira définitivement se perdre en Amazonie. Avec la seconde, il nouera une sorte de pacte secret, une fusion amoureuse quasi mystique, incarnée dans un dernier plan à la beauté foudroyante. James Gray a souvent filmé ces figures d’hommes butés, rendus fous par leur orgueil. Mais jamais il n’avait à ce point saisi la toxicité de leur désir de puissance, cet étrange virus qui peut leur faire découvrir de nouvelles civilisations comme les envoyer au tombeau.

http://www.lesinrocks.com/cinema/films-a-l-affiche/lost-city-z/

Les Inrocks
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Art & Essai
Europa Cinéma
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p.ortega@cinemaleclub.com


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Tarif - 14ans : 4,50€