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Taxi Teheran
Iran | 2015| 1h22
Réalisation : Jafar Panahi
Avec : Jafar Panahi
Version originale (iranien) sous-titrée en français
    Pour connaitre les accessibilités en fauteuil,
    cliquez sur le lien vers la grille horaire dans la colonne de gauche
    rubrique 'INFORMATIONS'
Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion.

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Lu dans Télérama
par Cécile Mury

Ce taxi-là roule sans permis. Ce taxi-là n'est pas un taxi. C'est un plateau de cinéma clandestin, un camouflage monté sur roues, le véhicule d'un insoumis. Combien d'interdits l'Iranien Jafar Panahi (Le Cercle, Le Ballon blanc) brave-t-il en prenant lui-même le volant ? En installant une petite caméra dans l'habitacle ? Depuis 2010, pour avoir osé contester la réélection frauduleuse du président Mahmoud Ahmadinejad, le cinéaste n'a pratiquement plus aucun droit : ni ­parler en public, ni quitter le pays. Et surtout pas exercer son métier. Et pourtant, il tourne. Taxi Téhéran (Ours d'or au dernier festival de Berlin) est sa troisième oeuvre « illégale ». Mais c'est aussi la première fois qu'il s'échappe au-dehors depuis sa condamnation. Le documentaire Ceci n'est pas un film (2011) et la fiction Pardé (2013) étaient restés « assignés à résidence », huis clos où bouillonnait sa réflexion d'artiste censuré, claquemuré. L'intérieur d'une voiture est certes exigu, et prolonge délibérément la même sensation carcérale. Mais c'est un enfermement différent. Dans les rues bruyantes et les rocades bétonnées de Téhéran, Jafar Panahi retrouve le monde, son monde. Le voilà donc reconverti en chauffeur de taxi, qui ouvre ses portières à toute la société iranienne. ­Polémiques, négociations, bavardages, témoignages, embrouilles et même crises de panique : la voiture vibre comme une formidable caisse de ­résonance politique. D'emblée — un débat houleux entre « clients » sur la peine de mort, appliquée massivement en Iran —, Panahi roule droit dans les sujets propres à ­hérisser la barbe des mollahs. Tout comme lorsque, quelques arrêts plus loin, il prend à son bord une avocate des droits de l'homme, et évoque avec elle le cas de Ghoncheh Ghavami, cette jeune femme arrêtée et incarcérée pour avoir voulu assister à un match de volley réservé aux hommes. Comme l'héroïne d'un autre film de Panahi, Hors jeu, qui, elle, se mêlait en douce à une bande de supporters de foot. Ce dispositif, façon agora itinérante, le ­cinéaste l'emprunte affectueusement à un autre film iranien : Ten (2002), d'Abbas Kiarostami, dont il fut l'assistant. Suites de saynètes saisies sur le vif à bord d'une voiture, les deux films sont pourtant radicalement différents. Là où Kiarostami interrogeait en priorité l'identité et les malaises de son pays, Panahi s'offre avant tout une virée introspective. Sous ses allures de savoureux conte persan — une sarabande de rencontres souvent drôles, parfois terribles ou poétiques, tel ce duo de vieilles dames superstitieuses et leur poisson rouge —, Taxi Téhéran est un autoportrait de l'artiste au volant. La forme même est à la fois ambiguë et révélatrice : fausses tranches de réalité volées en caméra cachée, vraies scènes de fiction. Une zone floue, à la lisière du documentaire, que le réalisateur aime occuper dans ses films : souvenez-vous de la fillette du Miroir, jeune actrice qui jouait l'actrice. Ici, beaucoup de passagers interprètent leur propre rôle. Mais, à travers chaque personnage, c'est sa propre place de cinéaste, de témoin et de ­créateur que questionne l'homme qui « conduit » le film. Quand il se retrouve complice malgré lui d'un vendeur de DVD à la sauvette, c'est pour mieux rendre hommage aux films interdits de Woody Allen ou Nuri Bilge Ceylan. Quand il offre un « frappuccino » à sa nièce adolescente, c'est pour l'observer se débattre — déjà — avec l'absurde censure imposée par la maîtresse, pour un film scolaire. Expérience de cinéma vivifiante, limpide, Taxi Téhéran frappe aussi par sa modestie : non pas celle qu'impose la partie de cache-cache avec les autorités, mais celle, pleine d'autodérision, que l'artiste s'impose à lui-même, qu'on le voie en butte aux débordements de ses passagers ou constamment égaré dans les méandres de la ville. Il est peut-être le pire taxi de ­Téhéran, mais le prix de la course est inestimable.

telerama.fr
Au frontières du réel
par Gregory Coutaut

En 2010, le cinéaste iranien Jafar Panahi s’est vu interdire par le gouvernement iranien de quitter le territoire et de réaliser des films. Et pourtant, en à peine cinq ans, il est parvenu à réaliser trois long métrages, qui ont tous clandestinement voyagé vers des festivals internationaux. Deux ans après Closed Curtain (qui lui avait valu le prix du meilleur scénario), le revoici à la Berlinale avec Taxi, film dont l’existence n’a été révélée qu’il y a quelques semaines. Qu’est-ce qui pousse Panahi à braver la censure et les peines de prison qu’il encourt ? Une passion folle pour le cinéma, un plaisir contagieux à retrouver « son élément » comme il le dit lui-même. Taxi semble à première vue relever du minimalisme le plus chétif : une caméra, une voiture comme décor unique, une poignée des personnages qui discutent. Et pourtant, malgré cette discrétion contrainte, le film déborde de cinéma. Un film iranien dans une voiture ? Il y a une certaine ironie à voir Panahi utiliser à son tour le procédé fétiche de l’autre maitre iranien : Abbas Kiarostami. Les deux cinéastes ont chacun engendré une descendance (pour ne pas dire, parfois, des copies) bien distinctes, et la rencontre de ces deux familles a de quoi amuser. Et pourtant la différence saute aux yeux. A l’élégante couche de vernis théorique (parfois carrément lente) de Kiarostami, Panahi préfère une voiture remplie de vie. Installé au volant et grimé d’une casquette qui ne trompe personne, le réalisateur faussement converti embarque des inconnus, et à chaque nouveau client qui s’installe à l’arrière (qui y crie, y rit, y saigne, y meurt presque...), c’est tout un éventail de genres cinématographiques qui s’invite, avec un rythme trépidant. C’est aussi un écho de toute la filmographie de Panahi, certains passagers rappelant les personnages de ses anciens films. Démasqué, le faux chauffeur de taxi ? Panahi n’est pas le meilleur des chauffeurs, il ignore les trajets à suivre et ne lâche presque jamais ses clients à la bonne destination, quitte à se faire insulter. Pourtant, dès les premières minutes, il est déjà reconnu par un client. Le spectateur n’est pas dupe de cette fausse reconversion, mais les clients le sont-ils ? Combien d’entre eux, et à quel degré, sont-ils conscients d’être dans un film ? Au contraire, sont-ils vraiment tous des acteurs ? Ce qui rend Taxi aussi fascinant, ce n’est pas tant cette ambigüité, qui a déjà été vue ailleurs, que le nombre incroyable de niveaux de lecture qu’elle provoque. Dans une ville sans orientation, où personne n’a l’air de trouver son chemin et où tout ressemble à une prison, Panahi montre une société qui trouve son épanouissement dans les détours. Et dans l’art. CD revendus à la sauvette, DVD piratés vendus sous le manteau... le « réalisme sordide » du cinéma iranien, régulièrement raillé par les personnages, se teinte ici joyeusement d’humour et même de mauvais esprit. Cette cité idéale, où tout le monde s’entraide et se conduit les uns les autres, Panahi la dépeint comme une société d’artistes, où tout le monde est un réalisateur en devenir, un outil à la main (caméra, téléphone, appareil photo). Tout en jouant son propre rôle et en parlant de sa propre histoire, Panahi parvient à bâtir un mille-feuille de fictions, un fascinant jeu de miroirs entre le réel, la captation et l’histoire inventée. Riche en pistes théoriques et en même temps particulièrement divertissant (a-t-on souvent autant souri dans et devant un film iranien ?), Taxi abat des montagnes. Il abat même l’écran de cinéma, lors d’une scène mémorable à base de rose, qu’il vaut mieux garder secrète mais qui est plus forte que tous les effets 3D. Une caméra, une voiture, une poignée d’acteurs... pas besoin de plus pour signer ce qui restera comme l’un des meilleurs films de l’année.

filmdeculte.com
5 salles classées
Art & Essai
Europa Cinéma
Label Recherche
Label Découverte

p.ortega@cinemaleclub.com


Tarifs
Tarif normal: 7,80 €
Tarif réduit: 6,80 €
Abonnement 6 places : 6€ / 12 places : 5,25€
Tarif - 14ans : 4,50€