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Les heures sombres
Angleterre | 2017| 2h05
Réalisation : Joe Wright
Avec : Gary Oldman, Stephen Dillane, Lily James
Version originale (anglais) sous-titrée en français
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    rubrique 'INFORMATIONS'
Darkest Hour s'intéresse à une partie de la vie de Winston Churchill, à partir de mai 1940, lorsqu'il devient Premier ministre en pleine Seconde guerre mondiale.

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Les heures sombres - la critique du chef-d’œuvre de Joe Wright
par Virginie Morisson




"Ils ne prendront pas Piccadilly" !

Personne n’y croyait, il l’a fait ! Ou quand la figure immortelle de Winston Churchill réveille en nous la flamme du patriotisme dans un biopic passionnant.

L'argument :
"Darkest Hour" s’intéresse à une partie de la vie de Winston Churchill, à partir de mai 1940, lorsqu’il devient Premier ministre en pleine Seconde Guerre mondiale.
Le cinéma est vraiment un art extraordinaire : alors que la culture devient progressivement la vitrine de l’âme d’un pays, voilà que bientôt sa population toute entière devra considérer les cinéastes comme des trésors nationaux. Au Royaume-Uni, le réalisateur Joe Wright devrait donc prochainement recueillir les lauriers d’une carrière qui célèbre les grandes figures britanniques, que ce soit des écrivains comme Jane Austen (Orgueil et Préjugés) ou des grands hommes comme Winston Churchill. C’est à cet homme politique qui a changé le destin de son pays que Joe Wright consacre aujourd’hui un biopic passionnant, offrant à Gary Oldman son meilleur rôle. En suivant celui qui fut nommé Premier ministre le 10 mai 1940, au nez et à la barbe de son parti qui se méfiait de son exubérance, Joe Wright offre une immersion totale dans une époque délicate, en se basant sur une mise en scène subtile et originale.

Si le scénario s’articule autour de trois discours que Winston Churchill a prononcés en mai et juin 1940 à la Chambre des Communes, ce parlement qui ressemblait pour le diplomate à une fosse aux lions, le film dépeint la situation politique de l’époque et cherche à montrer comment les Britanniques ont progressivement choisi la voie de la résistance. Alors que l’Ouest de l’Europe s’effondrait face aux armées allemandes, le Royaume-Uni a tenu bon, refusant obstinément de se soumettre aux quatre volontés d’un Adolf Hitler qui se méfiait terriblement de ce petit bonhomme qui aimait fumer des cigares, porter des couvre-chefs et manifestait pour la rhétorique une maîtrise qui faisait trembler tous les adversaires de la Couronne britannique. Une Couronne qui, d’ailleurs, n’appréciait que peu ce Premier ministre guère impressionné par ces majestés et ces nobles qui dirigeaient alors le pays. Alors que le film distille un climat politique plus que tendu, tout l’enjeu est de présenter les adversaires de Winston Churchill, qui a résisté aux ennemis de l’intérieur et de l’extérieur pour que le Royaume-Uni conserve sa souveraineté. La mise en scène, d’une maîtrise absolue face à l’ampleur de la tâche, a cela de fantastique qu’elle parvient à représenter la solitude d’un personnage qui tenait entre ses mains le sort de millions de concitoyens. Les mouvements de caméra, piquants et dynamiques, saisissent les émotions à différentes échelles afin d’offrir des plans d’ensemble de tous les protagonistes : les Britanniques, les politiques, la Couronne anglaise, puis Winston Churchill.

Tout le génie du long métrage est là : s’appuyer sur l’humour pour mieux mettre en lumière la cocasserie du personnage, sa force et son intelligence face aux membres de l’opposition et de son propre parti politique qui cherchent, pendant plus de deux heures, à lui prendre le pouvoir et à proposer des pourparlers de paix avec un Adolf Hitler qui retient en otage des soldats britanniques en Normandie pendant que d’autres ne font qu’en parler. La seule scène du film qui dépeint la guerre, dont il est question pendant tout le biopic sans jamais être montrée, est l’objet d’un plan-séquence sublime qui vient couronner une mise en scène savoureuse, basée sur une photographie qui joue avec les époques pour offrir des images vintage d’une population tourmentée. C’est au cœur de ces procédés techniques bien employés et d’un scénario efficace que Gary Oldman peut déployer tout son talent, fruit d’un travail colossal qui le voit se glisser dans la peau de Churchill bien mieux que tous ses prédécesseurs. Aidé par le spécialiste des prothèses Kazuhiro Tsuji, pointure dans son domaine, l’acteur disparaît pour laisser toute la place à son personnage, plus vrai que nature au sein de ce biopic qui redonne ses lettres de noblesse à un genre qui a fait ses preuves, au point de proposer des portraits de célébrités à tort et à travers.

Si les intentions de Joe Wright sont nobles, il n’en fallait pas moins pour offrir un film de toute beauté, que Winston Churchill méritait bien. Le personnage est rendu attachant par les circonstances et il devient alors très amusant pour le spectateur de le soutenir, lui qui est attaqué de toutes parts, entre ceux qui veulent être Premier ministre à la place du Premier ministre, l’opposition qui préfère s’accorder avec Hitler au lieu de l’affronter, sans oublier bien sûr les alliés d’hier sur lesquels il n’est plus possible de compter aujourd’hui. Les affrontements avec les uns et les autres donnent lieu à des joutes verbales qui subliment la beauté de la langue anglaise tout en offrant des morceaux de bravoure qu’il devient rare de voir au cinéma.

En glorifiant la politique, tout en dépeignant une figure charismatique qui est parvenue, grâce à son talent, à maintenir la guerre à distance de son pays bien-aimé, le film jette un point de vue nouveau, intimiste et instructif sur la vie d’une figure incontournable de l’histoire britannique et finalement du monde. En s’attardant sur une période bien précise de sa vie et de sa fonction, le long-métrage offre l’opportunité d’assister à la naissance d’un héros, sans chercher à cacher ses vices et son caractère bien trempé mais au contraire à apporter un éclairage neuf sur une période délicate. Enfin, à la rédaction, loin de nous l’idée de vous donner des ordres, bien que nous allons nous risquer ici, et uniquement pour la bonne cause, à vous donner un conseil... Mais vraiment, face à un film qui met en valeur la beauté de la langue de Shakespeare, nous ne pouvons que vous recommander d’éviter de le voir dans la langue de Molière. La rhétorique étant le point fort de Winston Churchill, ses discours ayant entraîné son pays dans la résistance la plus héroïque, c’est le moment de lui rendre hommage car il a su prendre les bonnes décisions au bon moment. Le grand homme le vaut bien...et le grand Gary Oldman aussi.

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AvoirAlire
«Les Heures sombres», Winston Churchill sans filtre
par Luc Chessel




Joe Wright dépeint la prise de fonctions du Premier ministre britannique et la lourde tâche qui lui incombe : trouver les mots pour maintenir l’espoir pendant la déroute.

Les Heures sombres n’est pas le seul film récent à se terminer sur le célèbre discours de Winston Churchill à la Chambre des communes, le 4 juin 1940 - «Nous défendrons notre île, peu importe ce qu’il en coûtera, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines, nous ne nous rendrons jamais…» Dunkerque de Christopher Nolan le faisait lire à voix haute, dans un train et dans le journal, par un jeune soldat rescapé de la retraite des troupes britanniques sur le littoral français, s’érigeant pour longtemps en exemple de lourdeur dans les usages de l’histoire au cinéma.

Mais ce nouveau biopic (appelons-le ainsi, faute de mieux pour l’instant) de Churchill par l’Anglais Joe Wright ferait à première vue passer un film de guerre aussi atrocement palpitant que Dunkerque pour l’avant-garde de l’histoire populaire, qui préfère à la geste des grands hommes le fracas des vies minuscules. Si la presse, avec sa passion de la date, reste le modèle commun à la forme des deux films, nous sommes ici, dès le premier plan, de l’autre côté du journal. La caméra en surplomb absolu descend du plafond, planant au-dessus d’une marée de députés : le 7 mai 1940, la même Chambre exige la démission du Premier ministre, Neville Chamberlain, auquel un Churchill vieillissant va succéder pour accomplir un double destin grandiose, le sien et celui de sa nation, qui lui est exactement parallèle, entre la fin de la «drôle de guerre» et le plus fort de la «débâcle». Qu’on pardonne ici un vocabulaire si hexagonal : mais une fois essuyées les larmes de honte versées par un spectateur plus ou moins français au récit des sommets de l’héroïsme parlementaire britannique, que reste-t-il de ces Heures sombres, puisque son titre nous appelle, selon la formule consacrée, à les «revivre» ?

Food porn
On dira bien sûr que tout ça est passionnant - sans doute sous réserve d’expertise historienne. Restreignant déjà son scénario à une épopée de moins d’un mois, Joe Wright aura dû faire en plus bien d’autres choix, à commencer par celui de son sujet : un film, si ce n’est carrément sur «le discours», en tout cas sur les discours de Churchill, qui sont illustres. Ce pourquoi nous entrons dans sa chambre à coucher (il y a dans les Heures sombres toute une érotique du petit-déjeuner, où l’écriture de l’histoire trouve en quelque sorte sa forme idéale dans le food porn) par l’intermédiaire de sa nouvelle dactylo : nous ne sommes pas pour rien présentés à lui en même temps qu’elle.
Ce qui reste, c’est clair, ce sont les mots, et le film décrit surtout la fabrique et la cuisine des grandes phrases. Les sorties scandent le film comme des repères, du discours déjà cité - cette fin qui est un début - à d’autres hits : «Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.» «Vous demandez quelle est notre politique ? Je vous dis : c’est de faire la guerre.» «Il vaut mieux pour nous périr au combat que de contempler l’outrage fait à notre nation et à notre autel», etc.

Va-et-vient
Le titre du film (The Darkest Hour en VO) est lui-même une formule prononcée quelque temps plus tard pour définir la période couverte ici : le biopic épouse le point de vue de son personnage, avant tout sa langue, aussi ses gestes, confiés comme il convient à la minutie d’une performance d’acteur, à la transformation physique de Gary Oldman en grand homme ( Libération du 2 janvier). Crions ici sur les toits un éloge de Kristin Scott Thomas, en grande dame des seconds plans.
Grâce à une transformation physique spectaculaire, c’est Gary Oldman qui campe Churchill dans les années 40. Photo Focus Features Les Heures sombres n’est pas le seul film récent à se terminer sur le célèbre discours de Winston Churchill à la Chambre des communes, le 4 juin 1940 - «Nous défendrons notre île, peu importe ce qu’il en coûtera, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains de débarquement, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines, nous ne nous rendrons jamais…» Dunkerque de Christopher Nolan le faisait lire à voix haute, dans un train et dans le journal, par un jeune soldat rescapé de la retraite des troupes britanniques sur le littoral français, s’érigeant pour longtemps en exemple de lourdeur dans les usages de l’histoire au cinéma. Mais ce nouveau biopic (appelons-le ainsi, faute de mieux pour l’instant) de Churchill par l’Anglais Joe Wright ferait à première vue passer un film de guerre aussi atrocement palpitant que Dunkerque pour l’avant-garde de l’histoire populaire, qui préfère à la geste des grands hommes le fracas des vies minuscules. Si la presse, avec sa passion de la date, reste le modèle commun à la forme des deux films, nous sommes ici, dès le premier plan, de l’autre côté du journal. La caméra en surplomb absolu descend du plafond, planant au-dessus d’une marée de députés : le 7 mai 1940, la même Chambre exige la démission du Premier ministre, Neville Chamberlain, auquel un Churchill vieillissant va succéder pour accomplir un double destin grandiose, le sien et celui de sa nation, qui lui est exactement parallèle, entre la fin de la «drôle de guerre» et le plus fort de la «débâcle». Qu’on pardonne ici un vocabulaire si hexagonal : mais une fois essuyées les larmes de honte versées par un spectateur plus ou moins français au récit des sommets de l’héroïsme parlementaire britannique, que reste-t-il de ces Heures sombres, puisque son titre nous appelle, selon la formule consacrée, à les «revivre» ? Food porn On dira bien sûr que tout ça est passionnant - sans doute sous réserve d’expertise historienne. Restreignant déjà son scénario à une épopée de moins d’un mois, Joe Wright aura dû faire en plus bien d’autres choix, à commencer par celui de son sujet : un film, si ce n’est carrément sur «le discours», en tout cas sur les discours de Churchill, qui sont illustres. Ce pourquoi nous entrons dans sa chambre à coucher (il y a dans les Heures sombres toute une érotique du petit-déjeuner, où l’écriture de l’histoire trouve en quelque sorte sa forme idéale dans le food porn) par l’intermédiaire de sa nouvelle dactylo : nous ne sommes pas pour rien présentés à lui en même temps qu’elle. Ce qui reste, c’est clair, ce sont les mots, et le film décrit surtout la fabrique et la cuisine des grandes phrases. Les sorties scandent le film comme des repères, du discours déjà cité - cette fin qui est un début - à d’autres hits : «Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur.» «Vous demandez quelle est notre politique ? Je vous dis : c’est de faire la guerre.» «Il vaut mieux pour nous périr au combat que de contempler l’outrage fait à notre nation et à notre autel», etc. Va-et-vient Le titre du film (The Darkest Hour en VO) est lui-même une formule prononcée quelque temps plus tard pour définir la période couverte ici : le biopic épouse le point de vue de son personnage, avant tout sa langue, aussi ses gestes, confiés comme il convient à la minutie d’une performance d’acteur, à la transformation physique de Gary Oldman en grand homme ( Libération du 2 janvier). Crions ici sur les toits un éloge de Kristin Scott Thomas, en grande dame des seconds plans. Soit donc un film de discours tourné comme un film d’action, l’inverse exact du très américain Dunkerque, ou son complément à l’anglaise. Wright y filme un vieux corps mis à la tâche de former des mots éternels, de forger un mythe national, en fait de dire tout un peuple. Il est bien décidé à nous marteler le fascinant miracle du comportement de Winston Churchil : certes en auscultant aussi ses coulisses délabrées, la vieillesse ou la fatigue côté chambre, les intrigues politiques et les scléroses parlementaires côté Chambre, mais ces concessions narratives à la «petite histoire» ne font que réaffirmer sans l’éclaircir le caractère exceptionnel et le prestige de la grande. Les Heures sombres effectue constamment en lui-même ce va-et-vient : le passage du destin d’une vie à celui d’un peuple, donc du biopic au démopic. Un homme, un peuple, un pays, un film, c’est d’accord : on posera simplement la question de savoir ce que le cinéma, quitte à chanter leur gloire, aurait pu apporter ici d’un peu nouveau à la traditionnelle description des rapports entre le collectif et l’héroïsme. Aucune médiation ici entre eux, mais un saut. Churchill ne va pas seulement «à la rencontre» du peuple souterrain, lors d’une scène décisive d’émotion dans le métro, pour porter sa voix devant le monde, mais, mû par sa croyance performative en l’idée de grand homme, il devient à lui seul le royaume entier. Le film ne fait que le suivre sur cette voie, et ne la rend visible que pour s’y engouffrer aussi sec. Le portrait d’une idée peut-il échapper lui-même à cette idée ? Quant à savoir pourquoi ce film maintenant, chaque plan semble nous dire, dans la sombre ritournelle des idées noires servies à la louche, que seul l’avenir nous le dira. «Vous demandez quelle est notre politique ?» etc.

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